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Partir vivre en Guadeloupe : cahier d’un retour au pays natal

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L’été 2020 a marqué un tournant majeur dans nos vies. En juillet dernier, Charles & moi sommes partis nous installer sous le soleil des Caraïbes. Après avoir quitté Paris pour la Normandie, quel a été le déclic pour partir vivre en Guadeloupe ? Je vous raconte.

Partir vivre là où d’autres partent en vacances …

Je me souviens comme si c’était hier du jour où j’ai su que le moment était venu. L’évidence a pointé le bout de son nez à la fin de l’été 2019. Un été pluvieux, lui-même précédé d’un printemps frais et gris dans mes souvenirs. Un ami de Charles lui a offert une opportunité professionnelle en Guadeloupe. La clé pour tout quitter. Ma clé pour rentrer retrouver mes proches.

Six mois plus tôt, nous avions amorcé un premier changement en nous installant en Normandie. Le quotidien à Paris nous oppressait. Trop de gris. Trop de bruit. Le calme, la verdure et la mer plus proche nous ont fait un bien fou. Ce nouveau cadre de vie a favorisé des temps d’introspection fructueux. Nos derniers objectifs atteints (Master de journalisme pour moi, études de musique pour Charles), nous nous sommes demandés quel lieu de vie nous comblerait sur le plan personnel et professionnel sur le long terme ? Après maintes tergiversations, le brouillard s’est enfin dissipé.

Beaucoup d’Antillais partis s’installer loin de chez eux pour les études, le travail ou par amour ressentent un vide. Difficile de rentrer se ressourcer un week-end lorsque sa famille vit à 7000 km. La faille grandit au cœur de l’hiver ; cette saison où la lumière et les couleurs insolentes de nos îles nous manquent cruellement. Une saison propice au blues au cours de laquelle nous payons des billets d’avion bien trop chers pour retrouver les nôtres. Parce que mes parents (nouvellement retraités) ont fait le voyage en sens inverse plus souvent, je suis restée plus longtemps éloignée de mon archipel adoré et il m’a manqué. Cruellement.

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Dans ma playlist « Caribbean music » sur Deezer : une chanson m’a mouillé les yeux plus d’une fois sur le trajet maison / boulot. Le texte créole de « Péyi Mwen Jodi » écrit par Mario Canonge et Serge Ponsar mettait des mots sur mon ressenti derrière la vitre. Combien de fois me suis-je dit qu’il était temps de rentrer aux Antilles face aux paysages tout tristes qui défilaient, emmitouflée dans ma grosse écharpe ? 

Traduction :  « On m’a dit qu’il fallait que je parte pour faire l’expérience de la vie, que le pays était trop petit ici, que je ne m’y épanouirais pas. Alors j’ai écouté ce qu’on m’a dit. J’ai quitté mon pays longtemps, longtemps, tellement longtemps, Seigneur. Que j’avais oublié quelles richesses nous avions là-bas, dans notre tout petit jardin. Le pays n’est pas bien grand, mais c’est lui notre plus grande force, c’est lui notre espoir. Toujours.

Aujourd’hui je le crie : malgré mes voyages, tous les pays visités, celui que je préfère c’est mon pays, chez moi. C’est là où je retournerai. – Ne cherche pas plus loin – Parce que mon île est toujours restée dans mon cœur  –  Ne cherche pas plus loin – Je ne pourrai pas vivre ailleurs – Ne cherche pas plus loin – C’est elle que j’aime toujours plus fort, c’est là où je retournerai. Ne cherche pas plus loin – … » . Mon heure était venue.


Le pays dépend bien souvent du cœur de l’homme. Il est minuscule si le cœur est petit et immense si le cœur est grand.

Simone SCHWARZ-BART

Le confinement a conforté notre désir de partir vivre en Guadeloupe 

Début mars, j’ai reçu la confirmation de notre départ pour les Antilles par SMS. Charles avait son sésame. Il me fallait le mien. Vous commencez à le savoir : je ne suis pas une aventurière … Il me faut des bases solides pour m’établir quelque part. Même chez moi. Les démarches effectuées pour que je travaille en Guadeloupe ont abouti du premier coup : un nouveau job m’attendait aux Caraïbes à la rentrée 2020 ! Euphorie TOTALE en apprenant la nouvelle sur le trajet entre mon lieu de travail dans le 17ème arrondissement de Paris et la gare Saint-Lazare.

Tout s’est alors accéléré. Branle-bas de combat pour organiser le déménagement, les visites d’appartement en Guadeloupe, la vente de quelques meubles, le transport du véhicule … Et puis le 13 mars : coup d’arrêt. L’annonce d’un discours présidentiel trois jours plus tard nous laisse envisager la perspective d’un confinement lié à l’épidémie mondiale du Covid-19.

Lundi 16 mars : la nouvelle tombe. Une longue période de confinement s’ouvre. Charles & moi sommes à la fois rassurés par cette prise de décision et déstabilisés par tout ce qu’elle implique. Lui comme moi, plutôt casaniers, n’étions pas inquiets pour les semaines à passer dans notre cocon. Déménager en Normandie quelques mois plus tôt avait été une sacrée bonne idée ! Nous avons vécu un confinement productif à deux pas des bords de Seine : une chance. Un choix de vie, en fait. Confinés ou non : un beau cadre de vie apaisant et ressourçant est essentiel à notre équilibre. Nous avons cru le trouver dans bien des destinations. Il était en Guadeloupe. Au cœur d’une région que j’ai soif d’explorer de façon approfondie (les Caraïbes). A proximité d’un continent qui m’attire depuis toujours (l’Amérique).

Aller simple pour la Guadeloupe : une nouvelle vie qui démarre

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Atterrissage à Pointe-à-Pitre le 17 juillet. Test PCR 72h avant le départ. Masque obligatoire à bord. Distanciation sociale de rigueur. Le surclassement en classe business a vite effacé les contraintes des derniers jours. Peu de sorties à l’arrivée par précaution. Juste quelques rendez-vous professionnels à honorer, avec l’équipe du magazine Foodîles notamment, avant de reprendre doucement le cours de nos vies dans notre nouvel environnement. Est-ce utile de préciser qu’avec la plage en bas de chez nous et une vue magique depuis la terrasse, l’attente ne fut pas désagréable … Au fil des jours, nous avons goûté à cette douceur de vivre en bord de mer, au bonheur de passer des moments en famille (même en mode distanciation). Les retrouvailles avec la gastronomie créole furent enchanteresses. Rejoignez-moi dans mon voyage tropical sur Instagram, avant de découvrir de nouvelles contrées une fois le Covid endormi.

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De jolies adresses nourrissent le quotidien autour de chez nous : Café Corail (brunch healthy), Aléonard (super boulangerie/pâtisserie), Nuska (chouette boutique lifestyle), L’Orchidéa (super restaurant gastronomique). Nous élargissons le périmètre de nos explorations au fur et à mesure. En mode slow. Douce ivresse des nouveaux départs, après deux mois d’ascenseur émotionnel. Je dois le dire : ja-mais je n’aurais pensé qu’un déménagement dans le cadre d’une mutation professionnelle Paris / Guadeloupe s’avérerait être aussi compliqué pour une ultramarine.

Conseils pratiques pour un déménagement aux Antilles :

• Lire attentivement votre contrat si vous avez acquis votre véhicule en LOA (location avec option d’achat). Certains organismes autorisent le transport vers les Antilles dans le cadre d’une mutation. D’autres non. 

• Economiser la somme du transport de vos meubles, cartons, véhicules même lorsque votre employeur est supposé prendre en charge le coût du déménagement (administration comprise).

Pourquoi ?
– Pour ne pas être démuni en cas de retard de versement de la part de votre employeur
– Pour pallier les encaissements de chèques prématurés par la société de déménagement (AGS, pour ne pas la nommer).

• Toujours garder une trace écrite des échanges avec la société de déménagement. D’un interlocuteur à l’autre, les sons de cloche peuvent diverger. 

• Anticiper le retard de livraison et partir avec les éléments dont vous aurez besoin dans un délai d’un mois ou deux.

Le Covid a compliqué la donne, mais ce paramètre mis de côté, nous avons dû faire face à une somme d’obstacles inconcevables dans l’Hexagone pour un déménagement dans un département français. J’ai alerté députés et ministres ultramarins sur cette question. Maël Disa (délégué interministériel des Français d’Outre-mer) et Olivier Serva (député de la Guadeloupe) m’ont apporté des éclairages. De nouvelles mesures s’imposent pour une vraie continuité territoriale entre l’Hexagone et les départements d’Outre-mer. La rentrée est là. Le meilleur reste à venir !


 

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