Paroles de blogueuses – Ma vie sans fard à New York, Caroline

J’ai rencontré Caroline du blog Et pourquoi pas New York sur Instagram au hasard d’un hashtag commun autour de New York. J’en rêvais, elle y vivait. Quand elle a appris que je venais dans sa ville d’adoption avec OpenSkies l’automne dernier, elle a souhaité que l’on s’y retrouve: j’ai dit oui. Caroline a intégré le joli tableau des rencontres qui comptent. Indubitablement. J’ai découvert une personnalité fort attachante, un blog passionnant où elle raconte New York sans faux-semblant et tout un tas de points en commun partagés: elle était prof à Paris, rédactrice pour des magazines féminins, se réalise pleinement dans l’écriture, est friande d’adresses gourmandes, adore la photo noir et blanc… Nous nous sommes rencontrées à la fin du séjour alors que Charles et moi quittions New York certains de la revoir prochainement, voire même durablement. L’inviter dans Paroles de Blogueuses pour qu’elle partage son expérience coulait de source. L’évidence même…

Et Pourquoi pas New York?

Comment t’es venue l’idée du blog Et pourquoi pas New York?

Cela faisait un an et demi que je vivais à New York et les débuts avaient été assez compliqués. J’avais tout quitté à Paris pour me retrouver dans une ville quand même très inhospitalière, sans travail, sans amis, avec ma fille qui était encore toute petite et dont je m’occupais toute la journée sans pouvoir faire vraiment autre chose (comme visiter et profiter de la ville), et avec un mari qui ne faisait que travailler et voyager pour son travail. Et d’un autre côté, j’entendais mes amis et ma famille en France me dire à quel point j’avais de la chance de vivre dans une ville aussi géniale et que je devais avoir une vie de rêve… Mais au bout de 18 mois je ne me sentais toujours pas à ma place, ni très épanouie. Alors j’ai eu envie de faire quelque chose pour renverser cette dynamique négative dans laquelle j’étais un peu coincée.

En fait, le blog est vraiment né de cette frustration entre ce que j’entendais en France et ce que je vivais ici au quotidien. J’ai eu envie de raconter tout cela quelque part, avec un angle sociologique, sur un mode humoristique et un peu cynique qui correspond assez bien, je crois, à ce que je suis en tant que personne. Et tout ça sûrement pour prendre un peu de distance par rapport à ce que je vivais, et qui était loin d’être simple. Donc depuis le début, Et Pourquoi pas New York a eu une vocation vraiment thérapeutique ! C’est toujours le cas d’ailleurs, sauf qu’aujourd’hui je me suis totalement prise au jeu. Je dis souvent que c’est comme si j’avais ouvert un robinet, celui de l’écriture, et qu’il ne s’arrêtait plus de couler. J’en suis la première surprise, d’ailleurs! Mais il faut dire que New York est un sacré terrain d’observation… et une source d’inspiration intarissable lorsqu’on commence à écrire à son sujet.

Séjourner à New York et y vivre sont deux expériences radicalement différentes. Comment a évolué ton regard sur la ville entre ton arrivée et aujourd’hui ?

Oui tu as complètement raison, il y a un tel décalage entre ce qu’on projette sur New York (et moi la première avant de venir y vivre !), et ce qu’y est la réalité de la vie au quotidien ! New York n’est pas la ville romantique des comédies de Woody Allen que j’avais en tête. On ne « passe » pas par Central Park pour s’y balader avec son amoureux pendant la pause déjeuner (il n’y a pas de pause déjeuner ici). Personnellement si j’y vais une dizaine de fois dans l’année, c’est déjà pas mal. C’est une expédition en soi. Rien que Manhattan (l’un des 5 boroughs de la ville) est gigantesque, si on habite Downtown comme moi, aller Uptown est presque un voyage exotique en terra incognita!

On dit que New York est une ville ouverte, très mélangée… Une ville accueillante et qui donne toujours une chance aux étrangers, c’est vrai, certes. Mais Manhattan reste quand même une enclave pour riches. Difficile de parler de mixité dans ce contexte socio-économique ultra privilégié, où les gens ne se mélangent pas vraiment. New York, c’est plutôt une multitude de communautés et de groupes sociaux qui se côtoient chaque jour en harmonie, mais sans jamais vraiment interagir…

De même, si la ville est culturellement bouillonnante, il faut vraiment avoir beaucoup d’argent pour en profiter. Rien n’est gratuit ici. Le coût de la vie quotidienne est tout simplement exorbitant.

New York a-t-elle changé la femme que tu étais avant de partir?

Clairement. J’éprouve plus que jamais le besoin de me protéger, de me retrouver régulièrement dans ma bulle, dans mon cocon. On apprend forcément à en construire un autour de soi, à poser des filtres, si on veut survivre ici.  New York est une ville tellement stressante, tellement usante, on passe ses journées à courir. J’ai toujours été quelqu’un d’extrêmement à cheval sur la ponctualité par exemple. A New York j’ai systématiquement 5 à 10 minutes de retard. Impossible d’être à l’heure, même en prévoyant large sur son timing, il y a toujours quelque chose d’imprévu. Ca me rend totalement dingue !

Je me suis endurcie aussi, je ne me laisse pas marcher sur les pieds et je laisse parfois mon sens de la courtoisie au vestiaire. Pas le choix. L’autre jour j’étais super en retard et je venais de me faire piquer un taxi sous le nez pour la deuxième fois. La troisième fois, c’est moi qui ai piqué le taxi d’une femme qui attendait une rue au-dessus. Je parlais de mes scrupules et de ma mauvaise conscience au chauffeur, New Yorkais pur jus, qui m’a répondu « Hey, no judgment, it’s a doggy dog city hère, bite or get bitter! ». Littéralement « Je ne vous juge pas, c’est une ville de chiens ici, il faut attaquer sinon on se fait attaquer! » Ca résume parfaitement l’esprit ambiant à New York. Une certaine agressivité, mais toujours bien camouflée par une (fausse) courtoisie.

Et puis enfin, d’un point de vue peut-être plus frivole et finalement assez Parisien, une chose qui s’est produite dès mon premier hiver à New York, c’est que j’oublie tout sens du style de janvier à fin mars. A mon grand désespoir, je vis en bottes de neige et parka d’expédition polaire 3 mois durant.  Vital pour survivre aux rudes hivers New Yorkais et totalement déprimant!

Tu cultives des us de Française outre-Atlantique entourée de New-Yorkaises aux priorités souvent différentes. Y aurait-il un challenge que tu aimerais relever à moyen terme pour te fondre un peu dans cette nouvelle vie?

Honnêtement je ne suis pas certaine d’avoir envie de me fondre totalement dans la société des New Yorkaise(s)… Je suis très contente de connaître désormais certains des codes indispensables pour y évoluer sereinement (en gros ne jamais rien critiquer ni personne, ne jamais élever la voix, ne jamais se plaindre, rester positif même dans les situations désespérées), mais je me sens encore plus à l’aise en y gardant mes spécificités de Française (liberté de ton et d’esprit, aller contre le bien pensé ambiant, grogner si ça me chante et ne jamais me départir de mon second degré)! Et puis mon mode de vie au quotidien reste très Français, je crois (je cuisine tous les jours, je vais au marché, je privilégie les petits commerces, je suis allergique aux salles de sport…) Et c’est quelque chose que je souhaite clairement transmettre à ma fille, elle qui a désormais passé plus de temps à New York qu’à Paris… En fait, je crois que je n’ai jamais été aussi fière d’être Française que depuis que j’ai quitté la France.

Notre entretien s’achève déjà, Caroline. Je te sais friande d’adresses gourmandes comme moi, laquelle a ta préférence dans ta ville d’adoption ?

Il y en a tellement ! Je pourrais faire un guide maintenant 😉 C’est vraiment dur d’en choisir une seule… Mais comme je suis friande de cuisine raffinée, je dirai la Gramercy Tavern. Mon restaurant préféré à New York pour une occasion spéciale ou pour un diner en amoureux. Leur carte de vins Français est étourdissante et le chef est… Français.

Et puis allez, je ne peux pas résister à donner l’adresse de « ma » meilleure pizza à New York. Gruppo sur l’Avenue B, dans l’East Village. Je l’ai cherchée tellement longtemps celle-là… et quoi de plus New Yorkais qu’une « New York slice » ?


Ton plus beau voyage jusqu’ici

6 mois passés à sillonner le Mexique en long en large et en travers, il y a 10 ans, à la fin de mes études.

Une rencontre inspirante

Ma psy New Yorkaise 😉

Ton livre préféré

Voyage au bout de la nuit

Ton artiste préféré

Pierre Soulages. J’aimerais avoir inventé l’Outrenoir 😉

Une photo qui t’inspire

Toutes les photos urbaines des années 70 en Noir et Blanc


Je ne serais pas surprise que Caroline sorte un roman à la Camille Anseaume d’ici quelques temps. Si l’idée ne lui a pas encore traversé l’esprit, je l’y encourage fortement! En attendant cette petite pépite, je vous invite à la lire sur son blog: un espace caustique où l’on apprend beaucoup sur l’envers du décor de New York qui nous fascine tant côté Paris. Passionnant, Et Pourquoi Pas New York est tout bonnement passionnant! Vous vous surprendrez à remonter le fil encore et encore plus haut pour lire Caroline avec gourmandise et découvrir ses anecdotes inédites. On ne s’en lasse pas. C’est ma série new-yorkaise préférée du moment; j’espère pourvoir la suivre sur de nombreux autres épisodes. Je vous invite à la rejoindre sur Instagram où elle s’adonne à sa passion pour la photographie noir et blanc. Un régal…


Et Pourquoi Pas New York

Le blog: etpourquoipasnewyork.com

IG: www.instagram.com/et_pourquoi_pas_new_york/

Et pourquoi pas New York

8 Comments

  1. Très intéressant comme interview!
    Je connaissais aussi Caroline via Instagram, j’ai plusieurs fois été regarder ses photos mais sans prendre contact avec elle directement.
    Je comprends son point de vue sur la vie à New York, j’ai ressenti, à certains moments de mon expérience, ce qu’elle raconte. L’impression d’être en course perpétuelle, ne pas avoir le temps de prendre le temps, l’absence de cet art de vivre qui nous représente si bien , nous les Français. Malgré cela, pour moi, ce New York à la Woodie Allen, existe bel et bien. On ne vit pas dans le film, c’est vrai, mais combien de fois, simplement en me retournant et en voyant la skyline de Manhattan, ou juste en traversant Central Park, je me suis dit « Oui, c’est ça la magie de New York…! » Je pense qu’il faut simplement continuer d’entretenir la magie justement! Mais je reconnais, ce n’est pas facile tous les jours!
    Oh et puis, n’exagérons rien! Il faut à peine 35 minutes pour rejoindre Downtown à Uptown! Ah oui, non, j’oubliais, aujourd’hui la ligne B ne fonctionne pas! 45 minutes en changeant à la 59th! A mais où sont les express? Bon et bien avec le local, il faut juste compter 55 minutes! Une broutille!

    • Je te recommande vivement son blog Alex, tu vas adorer! En discutant avec différents profils là-bas, Charles & moi avons bien compris que New York pouvait essorer son monde… Nous songeons à aller y vivre 1 ou 2 ans pour prendre son pouls durablement, se nourrir de l’énergie folle observée là-bas. Connaître la date de retour change un peu la donne, j’imagine. La suite au prochain épisode

  2. Pingback: Ego Trip | Et pourquoi pas New York

  3. Bonjour Joëlle, merci encore pour ton accueil chaleureux dans ton univers si inspirant! Je te renvoie aujourd’hui l’ascenseur et à mon tour de te passer sous le grill 😉 J’ai participé aux Liebster Awards et je t’ai nommée pour répondre à quelques questions. Je t’invite à découvrir le principe de ce petit jeu sympathique sur mon dernier post. A très vite! xo

  4. Pingback: 10 questions pour mieux me connaître - Elle dit 8 | Elle dit 8

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