Paroles de blogueuses fait sa rentrée avec Kenza, la blogueuse de Cups of English Tea rencontrée sur Instagram avant les vacances d’été. Kenza est professeur de Français Langue Etrangère et s’apprête à entamer une année à Budapest après un an passé en Australie. Nous avons discuté sur les réseaux sociaux après l’entretien accordé par Maryse Condé pour le magazine Divas (édition juillet/août actuellement en kiosque). Ce grand auteur qui a enseigné à Columbia à New York m’a confié avoir détesté enseigné jusqu’à son expérience en université. Elle y a expérimenté un rapport autre avec ses étudiants, des échanges enrichissants.  Je me suis reconnue dans ce rendez-vous manqué et son témoignage coïncidait avait une conversation tenue avec mon père. Il est persuadé que je m’épanouirais davantage dans l’enseignement supérieur, je trouve l’idée séduisante. C’est dans ce contexte que Kenza a partagé son regard sur l’enseignement en université pour équilibrer les a priori positifs que l’on pourrait avoir sur le sujet. En parcourant sa jolie galerie Instagram et son blog très riche, l’idée d’une invitation m’est apparue évidente pour voyager avec elle à travers ses différentes missions à l’étranger. Kenza ouvre donc une nouvelle saison de Paroles de blogueuses, une rubrique que vous continuerez à retrouver chaque lundi sur Elle dit 8.

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Bonjour Kenza, pourrais-tu nous égrener la liste des pays dans lesquels tu as vécu en tant que prof de FLE et nous indiquer lequel a ta préférence à ce jour?

J’ai passé un an en Angleterre, puis deux à Jersey dans les îles de la Manche. Après je suis partie au Canada anglophone dans la province du Manitoba et en Australie à Melbourne, pendant un an à chaque fois. Ma prochaine destination sera Budapest, la capitale de la Hongrie.

Je pense que tous les lecteurs de mon blog le savent : j’ai laissé une partie de mon cœur au Canada, j’en parle très souvent, ce n’est pas fini entre ce pays et moi.

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Quelles sont les satisfactions de ce choix de carrière que tu as voulu nomade pour l’heure et les points un peu moins agréables?

A l’heure où pas mal de gens se rêvent nomades digitaux, moi je suis un peu une nomade professionnelle et c’est grisant de pouvoir changer régulièrement de pays en ayant un job qui m’attend et assez de congés (jamais payés) pour en profiter ! Je suis libre de mes choix et de mes envies, je peux m’expatrier dans le monde entier. C’est une richesse incroyable.

Outre les points négatifs évidents – devoir tout recommencer une fois par an, des relations à l’administratif, dire au revoir tout le temps, j’ajouterais la précarité de ce travail de prof de FLE. Les contrats ne durent jamais plus qu’une poignée de mois, le professeur a à sa charge visa, billets d’avion, assurance, logement. On est très loin des contrats d’expatriés et on a des contrats locaux. C’est aussi un milieu où règne beaucoup de piston – et les femmes d’expat sont souvent prioritaires à l’embauche. On sort complètement du système français, on ne cotise ni pour la sécurité sociale ni pour la retraite, sans gagner assez pour prévoir son propre futur. C’est un mode de vie acceptable pour l’instant mais je ne pense pas vivre ainsi toute ma vie.

T’es-tu fixée une deadline avant de te sédentariser?

Pas de deadline, non. Je voudrais continuer un peu à voyager et continuer de profiter de ma jeunesse et des opportunités qui se créent. Ensuite, je me vois bien retourner en Angleterre et au Canada et rentrer dans l’Education Nationale locale pour exercer le métier de professeur plus traditionnellement.

Tu as enseigné à différents publics au cours de ces dernières années, j’aimerais revenir sur ton expérience en université. Quelles différences as-tu observées entre les étudiants étrangers et les étudiants français?

J’ai enseigné en université dans l’une des plus mauvaises universités du Canada mais plus récemment dans l’une des meilleures d’Australie et du monde et je parlerais plutôt de cette expérience, contrastée avec mon propre vécu d’étudiante à la Sorbonne.

Les locaux sont flambant neufs, toutes les salles de classe parfaitement équipées, les secrétaires sont disponibles et efficaces, le campus vert et agréable. Mais en réalité, ce ne sont pas des étudiants qui foulent les pelouses et remplissent les salles de classe. Ce sont des clients, qui ont payé plusieurs milliers de dollars de frais de scolarité. Et on n’a pas le droit de faire échouer des clients. Les notes sont parfois un peu truquées, les absents pas punis, et surtout tout doit être fléché et les secondes chances sont nombreuses. Un étudiant peut demander un report de devoir pour cause de rupture amoureuse par exemple. L’université française nous apprend à nous débrouiller, nous battre contre les horaires d’ouverture du secrétariat, contre les profs qui ne s’intéressent pas à nous. Dans les pays anglo-saxons, l’étudiant n’a aucun effort à faire. J’ai ainsi une étudiante qui ne s’était pas inscrite en TD de toute l’année car personne ne lui avait donné personnellement les horaires… Une autre différence serait le respect envers le corps enseignant. J’ai fini ma deuxième licence en 2011 quand il n’y avait pas encore de smartphones ni de réseaux dans les amphis. En 2015, mes étudiants ne cachent même pas leur fenêtre Facebook et prennent leurs appels en cours. J’ai du mal avec le manque de savoir-vivre de cette génération.

Quel est ton idéal en terme de mission, de pays?

Je préfère travailler en Alliance Française, qui sont des centres culturels français à l’étranger parce qu’une journée de travail ne ressemble jamais à la précédente : cours avec des enfants le matin, examens l’après-midi, adolescents à 16h et adultes le soir avant d’aider à organiser un événement culturel ou social. Je vis en pays anglophone depuis cinq ans et c’est vraiment quelque chose que j’adore, comparer les accents et les variétés de vocabulaire et je pense que vivre en anglais va me manquer à Budapest. J’ajouterais bien sûr de vivre dans une grande ville dynamique avec plein de voyages possibles pas loin.


Ta destination favorite

 Paris, quand je rentre entre deux contrats. C’est un rituel rassurant.

Un endroit particulièrement apprécié

 Melbourne, un gros de coup de cœur.

Melbourne

La dernière chose que tu fais avant de t’endormir

 Enlever mes lunettes.

Ton dernier livre lu

 Le dernier Fred Vargas qui se passe en partie en Islande.

 Ton parfum du moment

 Je n’en porte plus. Les Australiens comme les Canadiens rejettent toute odeur corporelle, qu’elle soit plaisante ou non.

Ton dernier film vu

 X+Y, l’histoire d’un ado britannique autiste qui se découvre dans une compétition de mathématiques à Taiwan.

 Une image qui t’inspire

 Un bel intérieur épuré avec des touches de couleur à la Pinterest.

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Je remercie chaleureusement Kenza pour son témoignage, ce retour d’expérience devrait en éclairer plus d’un. Beaucoup d’entre nous qui ont pensé s’installer un jour à l’étranger ont songé enseigner le français. Bonne rentrée à Budapest! Je te souhaite le meilleur pour cette nouvelle année scolaire!

Pour suivre les aventures de Kenza en Europe, rendez-vous sur son blog et sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Instagram…).

Cups of English Tea

cupsofenglishtea.com

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